Blog Forum

Archives pour September 2005

Les âmes sensibles

Publié par Waking-Life le 24.09.2005

Les âmes les plus sensibles sont faites d’une roche calcaire,
Soumises à l’érosion des épreuves de la vie.
Le temps comme les grands fleuves sillone leur artères,
Imprimant en leur coeur les méandres de son lit.

Les gens en carton

Publié par Waking-Life le 21.09.2005

L’un des aspects les plus douloureux de la dépersonnalisation est sans doute la perte quasi totale des émotions, des affects. Cette perte des émotions a aussi radicalement altéré mon rapport aux autres. J’ai l’impression d’avoir perdu ce que j’appellerai le fluide social. C’est un ressenti, primaire et non réfléchi, qui fait qu’on se sent bien avec ses amis, qu’on éprouve de la joie en retrouvant des membres de sa famille, les gens qu’on aime.

Moi, tout ça m’a quitté. L’impression d’étrangeté c’est posée sur les autres de la même manière elle a envahi l’ensemble du monde matériel, comme un voile. Je continue d’apprécier les personnes que j’aimais avant, parce j’apprécie leur caractère, leurs valeurs, leur façon d’être : Seulement tout est désormais comme un lien froid, une considération plus intellectuelle qu’un réel ressenti : Je sais que j’aime ces gens ou que ces gens m’aiment, mais je ne le ressens plus comme tel.

Je fais également un transfer de mes propres troubles de personnalité sur les autres : De la même manière que je m’étonne de mon propre fonctionnement mental, de mon existence et de la continuité de mon être, je ne parviens plus réellement à identifier une identité cohérente chez l’autre. J’y vois désormais plus un ensemble de réactions conditionnées, un automatisme prévisible, que l’expression d’une véritable âme sous jacente.

C’est comme si les autres avaient perdu leur humanité. Ils ont perdu leur libre arbitre comme j’ai perdu le mien. Je les vois désormais plus comme des machines de précision, des sortes de robots perfectionnés, embarquant un cerveau répondant de manière automatique aux stimuli qu’on lui soumet. Les qualités et les défauts qui les définissent ne leur appartiennent pas réellement au fond : Ils ont été conditionné (par leur caractéritiques génétiques, leur éducation, leur parcours, …) à être ce qu’ils sont. Rien n’aurait pu se passer autrement. Tout est déterministe. Et quand bien même une part de hasard (quantique ou autre) viendrait se glisser dans les lois de la nature pour y apporter une touche d’imprévu, les individus n’en seraient pas plus acteurs de leur propre fonctionnement.

Comment aimer une personne dans ces conditions ? Puisque ce que ce j’aimerai chez elle est à la fois impermanent et ne lui appartient pas réellement.

Je m’étais déjà fait cette réflexion autrefois à propos du physique des gens : Il est étrange d’aimer une personne pour son physique puisqu’elle n’en est pas responsable. Tu est belle : Oui mais tu n’y est pour rien. Une personne n’a que très peu de contrôle sur son physique, donc n’en est pas responsable. Dès lors je dissocie cette caractéristique de sa réelle personnalité : Son corps et son esprit n’appartinnent plus réellement à la même entité. Comment considérer comme un tout le contenant et son contenu ?

Aujourd’hui je pousse ce raisonnement plus loin, à l’extrème : Une personne n’est pas responsable de ses propres pensées, de son propre fonctionnement mental. C’est juste un système complexe, qui a été doté (cadeau miraculeux ou mauvaise plaisanterie ?) de la conscience de sa propre existence, sans pour autant bénéficier d’une réelle liberté de choix. Donc, je retire de cette personne ce qui ne lui appartient pas et il reste : Rien. Pas même ce noyau que l’on appelle l’âme. Tout juste un petit tas de souffrance enfermé dans un corps et un esprit qu’on lui a infligé.

Ainsi, quand ma dissociation est au plus fort, l’étrangeté à son paroxisme, je peux soudain avoir l’impression que mon interlocuteur est un simple objet pensant, sans réelle essence, Et il me semble alors ridicule et athypique ce pantin de carton qui s’agite en face de moi : Comment il fonctionne ? A quoi il pense ? Qu’a t’il l’impression d’être ? Quelle force étrange le maintient debout ?

Les non choix

Publié par Waking-Life le 21.09.2005

cubes
Chaque changement dans ma vie, chaque étape de l’existence, m’apparaît comme une montagne infranchissable. En même temps, je souffre d’une claustrophobie de l’existence : la routine m’effraie. Tout engagement, si mineur soit il, résonne pour moi comme un enfermement.

Et voilà le constat : Je me retrouve coincé entre deux pans contradictoires de mon angoisse, à ne pouvoir opter pour aucun des choix possibles, tétanisé comme un rongeur pris dans les phares d’une voiture. Ça, personne ne le dit : Dans les choix de vie qu’on nous propose, il se peut très bien qu’aucun ne convienne, qu’on ne rentre dans aucun des moules prévus à cet effet.

Je ne crois pas au destin ou à la légende intérieure décrite dans l’Alchimiste. Aucun ingénieur en chef n’a prévu à la naissance quelle place occuperait chaque individu dans sa vie future ni n’a décidé de l’identité d’une éventuelle promise. La vérité, c’est que réalité n’a pas été conçue pour nous recevoir, il faut s’adapter à celle ci. Et si on découvre qu’on n’est pas conçu pour ? C’est possible, car tout est possible.

Tout peut arriver dans la vie, et surtout rien[M. Houellebecq]

Et c’est comme ça pour tout le reste :
Tu veux travailler ou pas ? Ni l’un, ni l’autre.
Tu veux vivre en couple ou en solitaire ? Ni l’un ni l’autre.
Tu veux une vie de famille ou vieillir seul ? Ni l’un ni l’autre
Tu veux de la routine ou du changement ? Ni l’un ni l’autre.
Tu veux vivre ou mourrir ? Ni l’un ni l’autre.

Alors je me braque. Je m’embourbe dans un semi état, une vie qui elle non plus ne me convient pas. Et elle commence à germer la crainte ultime, envahissante comme un spectre sur ma non-vie : Mon mal être ne vient pas de l’extérieur ou des circonstances, il est intérieur. Toute fuite, tout changement dans ma vie est inutile. Où que j’aille, quoi que je fasse, j’emporterais toujours avec moi cette âme qui ressent tout de travers, qui craint et qui souffre .. et l’herbe me semblera toujours plus verte ailleurs.

La conscience globale

Publié par Waking-Life le 11.09.2005

L'homme pinceau

J’ai parfois l’impression que mes idées ne m’appartiennent pas réellement, qu’elles existent indépendament de moi et qu’elles ont pris forme dans mon esprit par un heureux concours de circonstances, comme elles auraient pu le faire chez mon voisin, indépendament de toute volonté.

Dans l’histoire des sciences ou de l’art, on peut trouver de nombreux exemples de grandes idées qui ont germées simultanément dans l’esprit de plusieurs individus, et ce sans qu’ils n’aient eu à communiquer. C’est à croire que ces idées existent à priori, quelque part, et qu’elles attendent que les consciences soient assez mures pour s’y incarner.

On peut aussi l’expliquer ainsi : Si on considère à un instant donné l’ensemble des connaissances, des opinions et des pensées de l’humanité, on peut définir une sorte de conscience globale, somme de toutes les pensées individuelles. Avec la généralisation des moyens de communication et de diffusion rapide de l’information (dans laquelle l’apparition des blogs constitue, à mon sens, une évolution majeure), les idées circulent à une allure telle que les consciences individuelles tendent à rentrer en phase. Elles perdent ainsi peu à peu de leur identité (corpusculaire) pour se fondre dans la grande vague (ondulatoire) de la conscience globale. Les mêmes idées émergent au même instant dans les esprits des individus ayant des profils culturels similaires, vibrant au même rythme.

Au niveau de l’individu, cette globalisation se traduit par le sentiment d’être davantage un vecteur d’information que le véritable acteur de ses propres pensées. Cette mutation est accentuée par plusieurs dérives :

La plupart des médias (presse, musique, télé, cinéma, internet, …) font de nous des consommateurs exclusifs d’intelligence, avides de toujours plus d’information. La masse de ces données et la vitesse à laquelle elles nous sont fournies ne nous permettent pas de nous les apprioprier ni de les traiter correctement. Notre rôle se cantonne alors à être des relais de ces informations, de simples d’aggrégateurs passifs d’idées et d’opinions. Toute créativité personnelle devient alors superflue, Le sytème nous fournissant en permanence le meilleur de l’art et l’essentiel des analyses, traduisant nos émotions et le ressenti par rapport à notre environnement mieux qu’on ne pourrait l’exprimer nous même. Les livres se substituent à nos mots, les chansons à nos cris. On ne percoit plus le monde que par procuration, à travers la vision de nos écrivains et artistes préférés. Avoir un avis crédible sur un sujet se résume désormais à avoir lu suffisament d’articles et absorbé suffisament de reportages sur celui ci, et d’être capable d’en resortir une compilation “personalisée”. Notre identité n’est plus alors qu’un patchwork d’idées empruntées à d’autres.

Flux d'information
Dans le milieu professionnel aussi, l’essentiel du travail d’un cadre moderne se résume à ingurgiter, à traiter et à enrichir (éventuellement) un flux d’information. Le cadre de cet exercice est souvent formatté et prédéfini (par un cahier des charges, une prodédure ISO-Mes-couillles ou la lubie d’un supérieur) et laisse peu de place à une quelconque créativité ou à l’expression d’une identité. L’employé est cantoné à son domaine d’expertise et utilisé comme un réservoir à connaissance, simple dépositaire de sa spécialité.

Enfin, plus nous avançons dans l’histoire de l’humanité, plus l’héritage culturel est lourd. A la fin de ses études, les connaissances d’un jeune adulte sont davantage héritées de siècles de culture que issues de sa propre expérience. Il peut tout connaitre de l’économie, des coutumes et de la population d’un pays sans n’y avoir jamais mis les pieds. Il prolonge ainsi la mémoire globale de l’humanité. Tout se passe comme s’il naissait avec cette mémoire implantée dans la conscience. C’est d’autant plus opressant que nous arrivons à un point où tout semble avoir été fait et exploré.

Alors qu’il restait encore à nos ailleux des pans d’inconnue et de mystère, l’avancée de la science semble ajourd’hui avoir tout rationnalisé et expliqué, poussant la spiritualité dans ses derniers retranchements. Les phénomènes occultes où l’on voyait autrefois la main de dieu ou l’oeuvre du destin, sont désormais décortiqués expliqués, et démystifiés. Les angoisses existentielles, qui trouvaient autrefois refuge dans les nombreuses croyances (fantomes, esprits, sorts, …) sont aujourd’hui concentrées, compressées en un unique et dense “pourquoi”, là ou la science emplit le champ de pensée de ses “comment”. Cette conscience aiguisée du fonctionnement de l’univers et de son étendue est perverse. On dispose désormais d’une visibilité presque totale sur notre environement spacio temporel : De l’infiniment petit à l’infiniment grand, de l’origine de l’univers jusqu’à notre mort : Il est possible de tout embrasser d’une seule pensée. Le pourquoi et le comment de toute existence, les recoins les plus reculés de la planète : Tout est déja exploré et expliqué. Pourquoi alors réaliser son existence puisqu’elle est déjà envisageable, prévisible et même pratiquement écrite. Notre époque manque cruellement d’inconnue. Dans les arts, la musique et les sciences, les grands chemins ont déjà tous été tracés : Leur évolution se nourrit plus à présent de répétitions et d’acharnements que de réelles nouveautés.

En pratique, quand j’ai une idée (de dessin, de soft, …) Il suffit que je la googlelise un chouilla pour tomber sur le site d’un artiste ou d’un geek, qui l’a déjà réalisé avant moi. C’est assez décourageant. Par la suite, si j’ai une idée, même originale, je me dis que quelqu’un d’autre aurait pu l’avoir à ma place. Et que si je ne le fait pas, elle germera dans un autre esprit, puisque que la consience globale y est prète, elle le désire déjà. Alors à quoi bon …

Bon je sais ce que vous allez me dire : T’en as parlé à ton psy ? Oui, j’en ai parlé à mon psy. Il hoché la tête et a laché un “Hum-hum”. je crois que c’est bon signe.