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La promesse de l’horizon

Publié par Waking-Life le 17.08.2007

J’aspire à l’enfance.

Je n’arrive pas à me détacher de cette nostalgie gluante : La nostalgie de mon ressenti de gosse.

Un gosse qui a confiance en la vie. Qui regarde sa grande soeur passer sa crise d’adolescence. Sa sœur va mal, elle est en révolte contre le monde, elle se demande pourquoi elle existe, et pourquoi elle va mal.
Lui il ne la comprend pas : les choses lui paraissent simples, il suffit de se laisser porter. Il se jure de ne jamais se demander pourquoi il existe.
Quand il regarde un peu plus loin, il voit juste un horizon verdoyant avec un drapeau qui flotte: La prochaine étape.

Y’en a plein des drapeaux comme ça. Ils sont bizarres, tous différents, c’est rigolo.

D’ici il voit : Un controle de maths, la prochaine boum, les grandes vacances, Noël et sa boite de LEGO, mercredi matin et le prochain épisode de son dessins animé préféré …

Ils ne sait pas pourquoi ils sont là. C’est les adultes qui font le chemin de piste pour lui. Il ne sait pas ce qu’il y a derrière l’horizon. Je crois bien que ça ne l’intéresse même pas. Il a confiance.

L’important à ce stade, ce n’est pas tellement ce que représentent les drapeaux, ou bien ce qu’il y a derrière l’horizon. L’important c’est qu’il y ait un horizon et des drapeaux.
Le reste est facile.

Je me souviens avec mes sœurs, quand on partait en grandes vacances. Mes parents nous cueillaient dans le lit à 4h du matin pour nous mettre dans la voiture. On était à moitié éveillé par l’excitation. Mais on faisait semblant de dormir, pour le plaisir de se sentir porté puis déposé à l’arrière de la voiture. Au milieu des sacs et des vestes, sur un petit oreiller.

Au petit matin, sur les routes nationales vallonnées, je fixais toujours la ligne d’horizon qui se confondait avec le ciel. A chaque franchissement de sommet, j’imaginais que le paysage derrière serait merveilleux. Comme dans les films, quand un chevalier découvre une vallée perdue. Ou même, j’aurais voulu que la route cesse, et que la voiture quitte le sol pour s’envoler.

Mais cet horizon laissait place à un horizon semblable, portant la même route, sur le même paysage. Au bout d’un temps, lassé, je me rendormais.

La vie me donne cette impression.

Sorti du parcours jalonné de l’enfance et des études, il n’y a plus de petits drapeaux. Rien qui ne pousse (ou ne tire) au changement. C’est au contraire une lutte sans fin pour ne pas laisser la routine et la lassitude nous dessécher. Et puis il a cette idée effrayante : Si l’on cesse de poser nous même des jalons sur cette route, si on refuse l’effort, la route devient droite et plate. Les vallées disparaissent pour laisser place à un décors de road movie : Le grand désert d’Arizona. Dans ce décors, le regard porte très loin. Si on se concentre bien, on peut apercevoir, au fond, la fin du chemin.

Les horizons je les connais par cœur. J’ai l’impression de les avoir tous déjà vus. Je sais que la route est sensiblement la même derrière chacun d’eux. Même le changement est une routine, un recommencement.

Rendez-moi mon âme d’enfant.